En prenant la tête du capital de TIM, l’opérateur historique, La Poste Italiane bouscule les équilibres du marché. Avec près de 25 % du capital, le groupe postal détient désormais un rôle majeur. Et ce qui pouvait sembler inconcevable il y a encore quelques mois est désormais sur la table : une alliance entre la Poste italiane et iliad, l’opérateur qui a cassé les prix et les habitudes.
Le timing n’a rien d’anodin. Depuis 2018, iliad a mis le feu au marché italien avec des forfaits à prix cassés, une transparence radicale et une stratégie ultra-consumériste. Résultat : marges effondrées, investissements en berne, et des acteurs historiques sous pression. TIM a souffert, Vodafone a été racheté par Swisscom… Et dans ce paysage fracturé, le seul opérateur qui a gagné des parts et de la confiance, c’est iliad.
La Poste Italiane pourrait bien avoir vu juste
Plutôt que d’opposer deux visions, celle du service public et celle de la disruption, pourquoi ne pas chercher un terrain commun ? La Poste a déclaré ne pas être fermée à l’idée d’un rapprochement, et dans l’écosystème européen actuel, c’est une déclaration lourde de sens. Car ce ne serait pas juste une opération industrielle : ce serait un signal politique, technologique, et presque culturel.
iliad en embuscade
Après deux tentatives avortées pour racheter Vodafone Italia, le groupe de Xavier Niel cherche encore la bonne alliance. Et TIM est une cible autant qu’un allié potentiel. En unissant les infrastructures et les forces commerciales, les deux acteurs pourraient créer un géant capable de relancer l’innovation sur le fixe, la fibre et la 5G, tout en redonnant du souffle à un marché à bout de course. D’autant que Free, en France, a montré sa capacité à gérer des modèles hybrides grand public / entreprise / cloud.
Mais le vrai obstacle est politique. Car TIM n’est pas un opérateur comme les autres. Ancien monopole d’État, il reste un symbole national. Et le gouvernement italien pourrait mal vivre une alliance avec un acteur étranger, même s’il est européen. C’est sans doute la raison pour laquelle La Poste Italiane a été placée en position de contrôle : garder la main sur l’actif stratégique, tout en gardant les options ouvertes.
Un marché à fort enjeu européen
L’Italie est l’un des derniers grands marchés où les cartes peuvent encore être rebattues. Et iliad l’a bien compris : après s’être imposé comme le poil à gratter du secteur, il pourrait devenir un consolidateur. S’il parvient à convaincre TIM – et Rome – de dépasser les postures.
Ce scénario reste incertain, mais s’il se concrétise, il pourrait redessiner la carte des télécoms européens, et offrir à iliad un levier inédit pour peser au-delà de ses frontières naturelles.