YouTube, plateforme phare du streaming vidéo, a franchi pour la première fois la barre des 10 milliards de dollars de revenus publicitaires lors du quatrième trimestre 2024. Derrière ce montant historique (plus de 10,4 milliards), la société mère Alphabet souligne un contexte économique, social et politique très favorable, notamment la campagne pour l’élection présidentielle américaine de 2024.
Alors que plusieurs partis politiques ont considérablement augmenté leurs investissements publicitaires, YouTube a su capter une large audience, attirant plus de 45 millions de téléspectateurs le jour du scrutin. Ce nouveau palier est la parfaite démonstration de la puissance commerciale du service, dont les abonnements (YouTube TV, YouTube Premium) ne sont d’ailleurs pas inclus dans ce calcul.
Des performances solides pour Alphabet
Sur le plan financier global, Alphabet a clôturé l’année 2024 avec un chiffre d’affaires trimestriel de 96,47 milliards de dollars, légèrement en deçà des prévisions (96,67 milliards), mais un bénéfice net de 26,54 milliards de dollars (2,15 dollars par action), supérieur aux attentes des analystes. Malgré une situation économique internationale marquée par la hausse des taux d’intérêt et par la concurrence d’autres géants du web, la firme de Mountain View s’appuie sur son moteur de recherche et sur sa plateforme YouTube pour continuer à générer un flux solide de revenus publicitaires.
Parallèlement, le service Google Cloud a présenté un chiffre d’affaires trimestriel de près de 12 milliards de dollars, soit plus de 30 % de croissance annuelle, un résultat toutefois légèrement inférieur aux estimations (12,1 milliards). Sundar Pichai, PDG d’Alphabet, indique que la demande en solutions cloud stimulées par l’IA demeure très forte, contribuant à un chiffre d’affaires combiné YouTube/Google Cloud qui s’élève désormais à un taux annuel de 110 milliards de dollars.
Course à l’IA et investissements massifs
Confrontée à la concurrence d’acteurs tels que Microsoft, Meta ou encore la start-up chinoise DeepSeek, Alphabet affiche des ambitions considérables sur l’intelligence artificielle. Sundar Pichai a annoncé vouloir investir environ 75 milliards de dollars en dépenses d’infrastructure en 2025, un montant nettement plus élevé que les prévisions initiales des analystes (environ 60 milliards).
L’objectif : développer de nouveaux modèles de langage, renforcer l’expertise de Google Cloud dans le domaine de l’IA et soutenir l’innovation sur l’ensemble de son écosystème (publicité, recherche, devices connectés).
Le dirigeant a également salué les progrès de DeepSeek, tout en insistant sur le fait que Google disposait d’outils et de modèles d’IA d’efficacité « parmi les meilleures du marché ». À l’horizon 2025, Alphabet entend accélérer sur la mise en place de solutions IA « responsables », aussi bien du point de vue technique (efficience énergétique, fiabilité des modèles) que juridique, notamment pour répondre aux enjeux de modération et de droits d’auteur.
YouTube ou le leader incontesté sur les téléviseurs connectés
Au-delà des revenus publicitaires, YouTube progresse aussi sur le terrain stratégique de la télévision connectée. Selon Nielsen, la plateforme a dépassé en fin d’année 2024 une part de 11 % d’utilisation sur les TV connectées américaines, loin devant Netflix, Prime Video, Hulu ou Disney+. Chaque minute, plus de 500 heures de vidéos sont téléversées sur YouTube, et l’entreprise revendique plus d’un milliard d’heures de contenu regardé quotidiennement sur les téléviseurs.
De ce fait, Alphabet multiplie les accords visant à encadrer la diffusion de contenus générés ou manipulés par l’IA, notamment en signant un partenariat avec l’agence CAA pour aider les créateurs et artistes à identifier les deepfakes. Le but est de rassurer l’industrie du divertissement tout en continuant à offrir un espace d’expression libre et volumineux à des millions de vidéastes à travers le monde.
Quelles menaces juridiques mais aussi quelles perspectives ?
Malgré ces excellents résultats, Alphabet fait face à un possible bouleversement de ses activités suite à l’action antitrust du département de la Justice américain. Un tribunal fédéral a en effet estimé que les accords conclus par Google pour imposer son moteur de recherche par défaut sur certains navigateurs et smartphones constituaient une atteinte à la concurrence. Le procès, prévu pour le printemps 2025, pourrait entraîner une obligation de revente (ou de dissociation) du navigateur Chrome.
En dépit de cette incertitude, Alphabet aborde 2025 avec confiance, misant à la fois sur le maintien de sa domination publicitaire et sur ses investissements massifs dans l’IA. L’essor continu de YouTube, combiné à la forte croissance de Google Cloud, semble confirmer la place centrale de la firme californienne sur le marché du numérique.
Reste à savoir si les régulateurs et la concurrence la laisseront continuer à écraser la compétition, ou si les mesures prises par les autorités freineront cette expansion hors norme.